Vignette 16
Chaque matin dans le bus, j'ai donc mon petit rituel. Je monte, dis bonjour au chauffeur compréhensif, et je m'installe dans les premiers rangs sans prêter attention à quiconque, par respect pour mes yeux. Malgré ce que l'on pense, les rangs les plus tranquilles ne sont pas au fond avec les bandes de "beuleu-beuleu", mais bien à l'avant. Bref, le bus est toujours libre aux 3/4, donc je suis assurément pénarde. Trop fatiguée pour m'en préoccuper, je colle mes cheveux propres contre la vitre graisseuse, et me mets à roupiller. Avec ma grande classe légendaire, la petite coulée de bave fait de moi un portrait des plus charmants. Et puis au bout de vingt minutes, c'est le réflexe. Je me réveille. Le bus s'arrête à l'arrêt de la "grande ville". Avant d'en arriver là, chaque matin je me dis "Oh, c'est cool, le bus est à l'heure". Et chaque matin y a cet arrêt à la con où tous les "citadins"se pressent en masse pour monter. Il y a plein de lignes de bus qui passent par là, mais non non, ce ne serait pas marrant. C'est dans MON bus qu'ils s'incrustent tous. Et tant qu'à faire, sur toute la population condensée dans cette boite à sardines sur roues, c'est eux...Eux qui n'ont pas de tickets et qui passent dix plombes à squatter le passage à la recherche de monnaie. Mais le plus marrant vient après. On dit souvent aux célibataires qu'il faut sortir pour faire des rencontres, voir du monde, voir l'Etre Humain, en fait. Et bien la conclusion est qu'on n'est pas loin de l'extinction de notre espèce! Y a que des "mariées-fières-de-l'être" pour pondre ce genre de foutaises. Sur les 15 personnes qui montent susceptibles de cacher en elles une certaine intelligence, je tape toujours dans le mille. Je m'explique. Ils avancent, là, tout doucement, prenant bien leur temps et cherchant de la place malgré les dix fauteuils libres devant leurs yeux. Et j'observe la queue qui s'avance, me passe à côté. Je scrute leur tronche, et devine celui que je vais gagner comme gros lot. Cherchez, vous, dans la queue. Il se fait discret là, derrière les autres "citadins", mais il est bien là. LE gros lourd de service. Il arrive avec son casque qui lui fait des oreilles de Mickey (Ma Blondasse du bus tiens-toi bien!) et sa musique de "bof" qui crachouille à travers ses écouteurs. Mais bon, comme je suis très tolérante, je retire toutes mes affaires en vrac sur le siège voisin (ça en décourage beaucoup! ) pour le laisser s'asseoir.
Dix minutes avec Mickey avant d'enchaîner sur le métro. Là non plus, c'est pas gagné...

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